Le thé à la menthe : Bien plus qu’une boisson, un rituel sacré d’hospitalité arabe
Oued Beht
15 août 2025
Offrir un thé à la menthe dans les cultures arabes et maghrébines, c’est bien plus que servir une simple boisson. C’est un symbole d’accueil, de respect et de générosité, une tradition ancrée dans des valeurs profondes où chaque geste compte. Voici ce que ce rituel représente, étape par étape, et les valeurs qu’il incarne.
1. La démarche : Un art codifié
Servir le thé à la menthe est un cérémonial qui suit des règles précises, presque sacrées :
La préparation : Le thé vert (souvent du gunpowder) est infusé avec des feuilles de menthe fraîche, et beaucoup de sucre. La théière en métal est chauffée avec soin, et le thé est versé de haut pour créer une mousse, signe de maîtrise.
Le service : Le thé est servi dans de petits verres en métal ou en verre, souvent ornés. On remplit d’abord un verre pour soi (pour goûter et ajuster le sucre), puis on sert les invités en commençant par le plus âgé ou le plus respecté.
La dégustation : On boit lentement, en plusieurs petites gorgées, pour prolonger le moment. Refuser un thé est perçu comme une offense — même si on n’en boit qu’une goutte par politesse.
2. Le sens : Bien plus qu’une tasse, un langage
Chaque élément de ce rituel porte une signification :
L’hospitalité inconditionnelle : Proposer un thé, c’est dire « Tu es chez toi ». Même dans les foyers les plus modestes, on partagera son dernier sucre pour honorer l’invité.
Le respect et l’honneur : Servir le thé, c’est montrer à l’autre qu’il compte. C’est un acte de reconnaissance, presque sacré.
La convivialité et le lien social : Le thé se boit en discutant, en échangeant des nouvelles, en résolvant des conflits ou en célébrant des joies. Il brise la glace et crée une confiance immédiate.
La patience et le temps suspendu : Dans un monde pressé, le thé à la menthe rappelle que certaines choses ne se précipitent pas. C’est un moment pour ralentir, écouter, et savourer la présence de l’autre.
3. Les valeurs incarnées
Ce rituel véhicule des principes fondamentaux des cultures arabes :
L’hospitalité ("Diyafa" en arabe) : Un invité est sacré. On dit souvent « Un hôte est un don de Dieu ». Le refuser, c’est comme refuser une bénédiction.
Le partage et la générosité : Même avec peu, on donne sans compter. Le thé symbolise cette abondance du cœur.
Le respect des aînés et des traditions : Servir le thé dans les règles, c’est rendre hommage à ses racines et à ceux qui les ont transmises.
L’humilité et la simplicité : Peu importe son statut social, tout le monde boit le même thé, dans les mêmes verres. C’est un égalisateur social.
4. Un héritage qui traverse les frontières
Que ce soit au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie ou au Moyen-Orient, le thé à la menthe (ou ses variantes, comme le thé à la sauge ou au jasmin) est un langage universel de l’hospitalité. Il est servi :
Aux invités de marque comme aux inconnus.
Lors des fêtes comme dans les moments difficiles (pour réconforter).
Dans les maisons comme dans les échoppes ou les places publiques.
En résumé : Une tasse, mille significations
Le thé à la menthe, c’est :
✅ L’accueil (« Entre, tu es des nôtres »).
✅ Le respect (« Je te considère »).
✅ La conversation (« Prenons le temps »).
✅ La tradition (« Souviens-toi d’où tu viens »).
Refuser un thé, c’est refuser une amitié. L’accepter, c’est entrer dans un cercle de confiance et de chaleur humaine.
« Un thé partagé vaut mieux qu’un repas solitaire. » — Proverbe maghrébin.



















